Avons-nous réellement le pouvoir de choisir ?

J’ai récemment été confrontée à devoir faire un choix professionnel entre deux activités qui se télescopaient sur la même plage temporelle. Une qui me paraissait importante, sur laquelle j’avais misé et engagé un budget, et une autre, non prévue mais qui m’apparut comme une possibilité d’une belle aventure, et qui me remplit de joie.

J’ai dû m’interroger profondément, faire des calculs, réfléchir à mon désengagement et à mon nouvel investissement avant de trancher. Ainsi, j’ai repéré les dynamiques internes et ce qui se passait en moi en infra pour trouver et surtout sentir la bonne voie. Et je me suis décidée ! Je suis passée du « pourquoi » au « pour quoi ».

Nous nous racontons des histoires

Nous les humains, sommes des êtres d’histoire. Nous aimons entendre des histoires, parfois en raconter, mais surtout nous nous en racontons beaucoup sur nous-même. Et nous y croyons. Nous nous racontons des histoires sur notre propre histoire, sur nos parents, sur nos relations, sur nos idéaux, sur nos valeurs, sur nos échecs, sur nos réussites… Et l’on nous a raconté des histoires sur tout cela aussi. Nous nous arrangeons avec la réalité pour qu’elle soit conforme à nos représentations et nous avons besoin de nous conforter avec nos propres croyances. Que celles-ci soient positives ou limitantes. Nous nous sommes construit une représentation du monde, des autres et de nous-même dans ce monde qui est filtrée au tamis de nos convictions et bien souvent éloignée de la réalité que nous ne vérifions que trop rarement. Nous avons gobé des injonctions et des interdits comme des évidences sans les remettre en question car cela faisait partie de l’histoire.
Et nos histoires ont forgé et forgent encore notre identité, qui nous sommes. Et nous nous y accrochons férocement. A tel point que choisir devient parfois une question existentielle. Alors, avons-nous vraiment un libre-arbitre ? Pas si sûr, car à l’heure de faire des choix, nous les arbitrons à partir de ces récits imaginaires. Imaginaires parce qu’ils sont dans notre tête… Un vêtement, une voiture, une destination de vacances, une sortie entre amis, un job, un podcast. Et à l’aube de chaque choix, il y a une cascade de pensées plus ou moins contradictoires qui entrent en joutent dans notre esprit.

Au-delà du « choisir, c’est renoncer », parce qu’on ne peut pas faire les 2 expériences simultanément, choisir, c’est aussi faire face à tout ce à quoi nous nous sommes identifié et à tout ce que nous fantasmons autour.
Sommes-nous prêt à nous remettre en question ?

Choisir, c’est faire face aux regards réels ou projetés que nous imaginons que l’on pose sur nous : « Que va-t-on penser de moi ? », « que va-t-il se passer ? », « quelles conséquences cela va avoir ? » ; à des peurs de déranger, de déplaire, de ne pas être conforme ; ou à des risques à prendre.
Sommes-nous prêt à être authentique ?

Choisir devient alors une opération complexe qui recouvre d’un épais nuage de conjectures un mouvement plus intérieur, plus feutré parfois, mais bien plus authentique, celui de notre désir.

Et notre désir profond ?

Où est notre désir lorsque l’on choisit en fonction de nos comédies ou de nos tragédies qui chuchotent leurs messages discordants à nos oreilles ? A quel endroit nous mettons-nous à l’écoute de notre vivant intérieur ? Et dans le fond, qu’est-ce que nous désirons vraiment ? Et pour nourrir quel mouvement, quelle (im)pulsion, quel égo, quel besoin, quel manque, quelle réparation ?

Est-ce que désirer vient forcément de manquer ? Je ne le crois pas. Pour moi désirer c’est être vivant. Le véritable désir est un mouvement mystérieux qui vient de notre être profond et qui se porte au contact du monde, non pas pour combler, panser, apaiser, soulager, prendre, conquérir, mais pour rencontrer et célébrer le vivant.

Et savez-vous quel est l’indicateur de nos vrais désirs ? C’est la joie. Ce n’est pas le plaisir ou la perspective d’une satisfaction égotique souvent éphémère. C’est une joie pétillante ou douce, au creux de notre cœur. Une joie qui n’attend rien, qui n’existe pour rien, par rien, et qui émerge juste parce que nous nous mettons à son écoute et que nous choisissons ce qui fait chanter notre âme. La vie est trop courte pour ne pas saisir de si belles occasions d’être parfois en complète harmonie avec le monde. Alors, la prochaine fois que vous aurez un choix à faire, plutôt que d’y réfléchir avec votre tête, même si c’est parfois utile, descendez de quelques dizaines de centimètres et prenez le temps de porter votre attention au centre de votre poitrine. Là vous saurez.

A bientôt

Carlotta

(Edito de la newsletter de juin 2026)
Image générée par IA